œuvre B :
Réveiller les enduits en spectre de rocher ?
Orange poudrière, indigo du couchant.





aquarelle et encre de chine sur toile intissée montée en Kakémono ©2024-2025.
380x460cm
Place de l’Hôtel de Ville, on passe au pied de la Tour de la Poudrière vers la rue du Château, puis rue Dame Denise. Longeant les remparts, on aperçoit alors les façades en face, que guide la rue des Noyers. Un prisme imaginaire a dû réfracter les nuances des pierres « … en spectre de rochers ». Puis, on se retourne pour contempler les lumières dont se pare la Tour de la Poudrière avant le coucher. « Orange Poudrière, indigo du couchant. »
Évidemment, j’associe cet endroit à l’emblématique photo prise à la libération de Saint-Lô en juillet 1944. Un soldat américain met en scène deux jeunes Saint-Lois, Jean et Max Robin, regardant avec espoir les premiers véhicules alliés descendre la rue des Noyers dévastée. Cette scène symbolise la sidération après le chaos et l’espoir envers les libérateurs. L’image me fascine, me bouleverse par sa puissante résilience.
La toile est quadrillée, un véritable plan de bataille. J’applique un à un des tampons de carrés bleus, tels des projectiles tombés du ciel. Le ciel nous tombe sur la tête. Le chaos, la fin du monde.
Puis le pigment brun, terreux, aux tonalités de café. Je l’applique de manière explosive et désordonnée, avec une gestuelle saccadée. Ici le pinceau cogne la toile, la matière est projetée. C’est la terre qui explose.
Enfin, le pigment rouge, aux couleurs de vin de fête pour l’arrivée d’un convoi allié victorieux. Mais ce rouge est aussi celui du sang séché, le sang de tant de vies fauchées par la guerre.
Au moment d’en trouver le titre, je me rappelle ce poème, “Promenade des Remparts et Jardins” et ces deux vers qui campent le décor. La convergence géographique est évidente. C’est à cet instant que la connexion entre ce poème et la série picturale qui suivra a pris naissance.
Et puis, j’accorde une importance particulière à la synchronicité des événements inscrits dans le Réel, me nourrissant des œuvres que j’écoute, que je vois, que je lis. Elles infusent en moi et participent immanquablement à l’intention créatrice.
Aussi, cette œuvre représente pour moi la sortie de l’adolescence et le début de ma vie d’adulte. À cette époque, j’écoute l’album « Ultra » de Depeche Mode mais aussi « Diatribes » de Napalm Death. C’est aussi dans cette période que paraissent Le film d’Albert Dupontel « Bernie » et le roman « Darling » de Jean Teulé.
Enfin, « Réveiller les enduits … ? » ou Peindre pour subsister au chaos ? Peindre pour sublimer ses failles ? la question est posée... C’est le début de ma balade.
C’est le début de la balade immersive autour de l’Enclos à Saint-Lô au niveau de la rue du Château et la Tour de la Poudrière. Aujourd’hui, la vue y est époustouflante, aérée, bucolique. C’est la particularité de Saint-Lô, ville à taille humaine, dans cet enchevêtrement subtil de nature et de bâtis.
