œuvre H :

Rejoignant le jardin, un arbre seul en pleurs.

Épris de beaux regards qu'aucun ne vienne à lui.

Mémorial des blessés, il raconte les cœurs,

Protège en ses racines les ruines englouties.

Symbole de sagesse, cet arbre disparu, je lui donne aujourd’hui un semblant d’éternité. Il est constitué de 3 représentations pixélisées, selon 3 prises de vues légèrement différentes, que j’ai superposées en 3 couleurs pour n’en faire qu’un : le rouge évoquant la sagesse envers soi, le bleu, la sagesse envers autrui et le jaune pour la sagesse envers le monde. Ces 3 couleurs s’entremêlent et offrent des nuances d’orange, de violet, de vert et de brun… La multiplicité de l’être.

La technique employée ici est celle de la linogravure. J’ai gravé dans du linoléum une matrice, une rayure formant un carré. Cette matrice émane de l’enfance. Sur mes cahiers d’écolier à grands carreaux, porté par mes songes, il m’arrivait de dessiner cette empreinte.

Constitué au départ de multiples feuilles de papier dessin, qui se juxtaposaient tel un puzzle, je les ai collées par la suite sur 10 châssis carrés de 90cm. Et, pour qu’il puisse finalement s’intégrer dans l’espace d’exposition qui lui est consacré aujourd’hui, je l’ai tronqué, de par le tronc et la cime pour finalement lui donner sa forme finale. Cette expérience d’adaptation m’est apparue salutaire. L’œuvre peut donc évoluer au gré des lieux de représentations, de manière définitive, certes, mais cela rend l’objet extrêmement vivant, ancré dans la nécessité du présent.

La maturation de cette illustration est née pendant la conception même du poème « Promenade des remparts et jardins » entre 2016 et 2018. Période à laquelle, je me balade souvent sur ce sentier pour en cueillir chaque mot, chaque rime, chaque vers.

En cette période, j’écoute aussi l’album « Radiate » de Jeanne Added et « The Violent Sleep of Reason » de Meshuggha. Par ailleurs, je suis happé par le film « La La Land » de Damien Chazelle, dès la première scène introductive. De même, le témoignage vibrant et essentiel d’Antoine Leiris à la lecture de « Vous n’aurez pas ma haine » me hante encore aujourd’hui.

Au fil de mes balades autour de l'enclos pour concevoir chaque vers, cet arbre est devenu un ami. Chaque carré est la marque d’une amitié. Alors, en chaque lieu d'exposition, j'invite ici le visiteur prendre un crayon, choisir un carré, ou n'importe quel endroit pour y écrire, le prénom d’un(e) ami(e) car l'intention artistique est importante. C'est donc une œuvre participative. 

linogravure sur papier dessin monté sur 10 châssis de différentes tailles ©2019-2026.

280x230cm

Dans notre progression autour des remparts, cheminant vers la tour des Beaux Regards et son jardin public, on pouvait rencontrer cet arbre majestueux qui culminait du haut des remparts face à la gare jusqu’en 2019. Malade, il a depuis été abattu. Puis, suivant la perspective de l’horizon vers la gauche, on aperçoit toujours au loin, l’hôpital Mémorial de Saint-Lô. Et, sous les remparts, «… les ruines englouties ».

Anthony lebrun

Artiste plasticien, poète, aquarelle et haïku.

anthonylebrunartiste@gmail.com

0612347931

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